Cinq jours, mille visages et toujours cette foutue guitare !

Il y a des festivals où l’on vient voir des groupes. Et puis il y a Guitare en Scène.

Un endroit où, pendant quelques jours, Saint-Julien-en-Genevois devient une drôle de petite planète peuplée de guitaristes, de bénévoles courant dans tous les sens, de passionnés capables de parler pendant vingt minutes d’un ampli à lampes et de festivaliers qui finissent la soirée avec les oreilles qui sifflent et le sourire collé au visage.

Cette édition 2026 aura poussé le curseur encore un peu plus loin avec cinq soirées, du 14 au 18 juillet, et une programmation probablement parmi les plus éclectiques de ces dernières années : Gregory Porter, Ben Harper, Pixies, Fantastic Negrito, Steel Panther, Airbourne, John Butler, Kool & The Gang, Robben Ford, Jennifer Batten… entre autres.

Du jazz, du blues, du rock alternatif, du funk, du hard rock, quelques hectolitres de bière virtuellement projetés dans les airs et beaucoup, beaucoup de guitares.

Bref. Bienvenue à Guitare en Scène 2026.

Mais tout d’abord je voudrais remercier du fond du cœur ma formidable équipe : Caroline, Luc, Valentin, Serge et Laurent, grâce à qui nous avons cette année encore accompli un sacré boulot de reportage photo pour le festival ! On n’a que l’équipe qu’on mérite, et je crois qu’on a que les meilleurs !! 🤘🏻


MARDI 14 JUILLET – LA CLASSE AVANT LE FRACAS

Pour commencer cinq jours de festival, GES choisit la douceur.

Enfin… la douceur version guitare.

Après Florian Desbaillet, c’est Taj Farrant qui donne rapidement le ton. Le jeune Australien possède cette capacité assez agaçante à donner l’impression que jouer de la guitare est quelque chose de terriblement simple. Le genre de musicien qui vous donne envie de rentrer chez vous, de regarder votre propre guitare posée contre le mur et de lui présenter officiellement vos excuses.

Puis arrive Gregory Porter. Et là, changement total d’atmosphère. Sous le chapiteau, tout ralentit. Pas besoin de mur d’amplis ni de pyrotechnie. Une voix, des musiciens d’une précision redoutable et cette élégance naturelle qui transforme rapidement le Stade des Burgondes en immense club de jazz. Gregory Porter ne force jamais. Il pose sa voix. Et tout le monde écoute. C’est probablement ça, la vraie classe.

Quelques heures plus tard, Ben Harper & The Innocent Criminals prennent possession de la scène. Mais pas les photographes dans le pit, qui à cause de la signature d’un contrat abarrant où Benny devient le propriétaire exclusif des photos, ont préféré prendre un pti apéro à l’espace Presse. GES a signé pour moi donc j’y suis allé.. Mais reprenons : avec Ben Harper, on retrouve immédiatement quelque chose de profondément organique. Du blues, du folk, de la soul, du rock… mais surtout cette façon bien particulière de laisser respirer la musique. Chez lui, une note peut parfois raconter davantage que cinquante notes jouées à toute vitesse. Il n’est jamais vraiment dans la démonstration. Il cherche l’émotion. Et quand les Innocent Criminals commencent à pousser derrière lui, la machine devient redoutable. Une première soirée qui n’aura finalement pas eu besoin de brutaliser les tympans pour rappeler une évidence : une guitare peut hurler, mais elle peut aussi murmurer. Et parfois, le murmure fait encore plus de dégâts.

La nuit se prolongera ensuite sur la scène Village avec Sarah Brown, prolongeant la soirée avec une soul chaude et habitée, portée par une voix pleine de vécu et un groove qui accroche immédiatement. Personne ne sait qui elle est, et pourtant elle a accompagné les grands de cette planète (Pink Floyd, Stevie Wonder, George Michael, Roxy Music ou encore Simply Red) en tant que choriste sur des concerts tout autour du globe.


MERCREDI 15 JUILLET – LE BLUES A LES DENTS

Deuxième soir. Et changement de température musicale. Après Pacôme Rotondo et les très prometteurs Les Hommes Crabes, une silhouette débarque sous le chapiteau. Mon coup de coeur de cette année !

Fantastic Negrito. Et là… Ça commence à sentir sérieusement la poudre. Fantastic Negrito ne joue pas vraiment du blues. Il le maltraite. Il le tord. Il lui colle du funk, du rock, de la soul, une attitude presque punk et une voix qui semble avoir traversé suffisamment de vies pour pouvoir raconter quelques histoires. Sur scène, le personnage est magnétique. Ça groove, ça cogne et ça déborde constamment. Le blues devient sale juste comme il faut. Le genre de concert où l’on découvre assez rapidement que rester immobile est une option qui n’existe plus. Puis vient le moment d’accueillir l’un des groupes les plus attendus de cette édition.

Pixies. Pas besoin d’introduction interminable. Black Francis et sa bande arrivent et font ce que les Pixies savent faire depuis quarante ans : envoyer des chansons qui peuvent être à la fois mélodiques, étranges, abrasives et immédiatement reconnaissables. Le concert enchaîne notamment Cactus, Here Comes Your Man, Gouge Away, Wave of Mutilation, Monkey Gone to Heaven, Hey… Toute une partie de l’ADN du rock alternatif défile sous le chapiteau. Chez Pixies, il n’y a pas besoin d’en faire des tonnes. Peu de cinéma. Peu de discours. Lumières basiques. Les morceaux parlent. Et lorsqu’un riff vieux de plusieurs décennies provoque encore instantanément la même réaction dans plusieurs générations réunies sous un chapiteau de Haute-Savoie, on comprend assez facilement pourquoi ce groupe continue d’occuper une place à part.

Pour ceux qui disposent encore d’un peu d’énergie, Manu Lanvin termine la nuit sur la scène Village. À minuit passé, Manu Lanvin n’a clairement pas l’intention de laisser le Village s’endormir. Guitare rageuse, voix rocailleuse et énergie de vieux briscard du blues-rock : il transforme rapidement la petite scène en bar enfumé du Mississippi, avec cette proximité et cette générosité qui rendent ses concerts particulièrement vivants. Venu en grosse formation avec des cuivres et des percus.

Parce qu’à Guitare en Scène, manifestement, dormir reste une activité facultative. Et beaucoup dont moi peuvent en témoigner !


JEUDI 16 JUILLET – CE SOIR, ON CASSE TOUT

Voilà. On y est. La soirée où les amplis ont officiellement pris le contrôle du festival. Après Quintana Dead Blues eXperience et ARH, les brushings deviennent soudain plus volumineux. Les pantalons plus serrés. Et le bon goût beaucoup plus discutable. Et tout le ciel au-dessus du festival s’assombrit alors..

Steel Panther est arrivé. Musicalement, soyons sérieux deux minutes : ces types savent jouer. Très sérieusement. Pour tout le reste, en revanche, toute tentative de sérieux est définitivement abandonnée. Steel Panther est une énorme caricature du glam metal des années 80, poussée tellement loin qu’elle finit par devenir une forme d’art. Entre deux vannes dont il serait probablement compliqué de publier la transcription dans un journal familial, le groupe balance Eyes of a Panther, Death to All but Metal, 1987 ou encore une reprise de Ain’t Talkin’ ’bout Love de Van Halen avec Ryan Roxie ainsi que Crazy Train avec un Michael Starr grimé en Ozzy à mourir de rire tellement c’était dans le mille !!! C’est excessif. C’est vulgaire. C’est techniquement impeccable. Et c’est terriblement drôle. Mais Steel Panther n’était finalement que l’apéritif.

Parce qu’ensuite… alors que le tonnerre gronde, que le vente souffle fort et la pluie tombe abondement, arrive Airbourne. Tout GES est alors à l’abris sous le chapiteau, prêt à en découdre avec les australiens. Il existe probablement quelque part une consigne demandant à Joel O’Keeffe de rester calmement sur scène. Personne n’a jamais réussi à lui faire lire. Dès les premières minutes, Airbourne transforme le chapiteau en zone sinistrée. Guitare au plafond, musiciens en mouvement permanent, public chauffé à blanc et cette impression que chaque morceau a été composé avec une seule philosophie : plus fort, plus rock !. Le groupe enchaîne notamment Too Much, Too Young, Too Fast, Back in the Game, Breakin’ Outta Hell, Live It Up, avant un final sur Runnin’ Wild rejoint par Satchel de Steel Panther. Et évidemment… Il y a les bières. Parce qu’un concert d’Airbourne sans bière volant au-dessus du public serait à peu près aussi inquiétant qu’un concert d’AC/DC sans guitare. Et on en aura pris quelques litres sur la gueule et le matos dans le pit ! Le célèbre lancer aura encore fait partie du spectacle à Saint-Julien. Airbourne ne réinvente peut-être pas le rock’n’roll. Mais franchement, à ce moment précis, absolument personne ne leur demande de le faire. On veut du bruit. On veut des riffs. On veut transpirer. Et on veut ressortir avec cette sensation légèrement débile mais merveilleuse d’avoir pris un camion dans la tronche. Mission accomplie. Et puis faut pas oublier les crash-barrières qui ont cédées à la pression au deuxième morceau, forçant la sécurité à nous évacuer, et à O’Keffe de stopper le concert le temps que tout soit réparé pour assurer la sécurité des festivaliers. Et à votre avis, c’est grâce à qui que Satchel de Steel Panther est monté rejoindre le groupe sur scène pour le dernier morceau ?? 🤫

Et comme GES estime visiblement que nous n’avons pas encore suffisamment souffert, The Inspector Cluzo devra malheureusement être annulé à cause de très mauvaises conditions météos 🙁

Bonne nuit. Enfin… Essayez.


VENDREDI 17 JUILLET – DES CORDES AU DANCEFLOOR

Après le chaos de la veille, cette quatrième soirée aurait presque pu servir de convalescence. Presque. Jango Janice puis In Fallow ouvrent les hostilités avant l’arrivée d’un vieux compagnon de route du festival : John Butler.

Il y a quelque chose de fascinant chez Butler. On peut connaître le personnage, avoir déjà observé ses mains courir sur un manche de guitare et savoir exactement ce qui va se passer… Ça fonctionne toujours. Parce que derrière la technique hallucinante, il y a surtout un musicien. Pas un démonstrateur. Pas un type venu expliquer au public qu’il sait mieux jouer que lui. Un musicien. Des morceaux de son nouvel univers côtoient les classiques, et lorsque vient Ocean, le temps semble une nouvelle fois se suspendre. Le morceau faisait bien partie de ses passages marquants de cette tournée 2026. Quelques cordes. Deux mains. Et un type qui arrive à donner l’impression qu’il dispose secrètement de trois bras supplémentaires. Puis…

À 22h30, changement de planète. Kool & The Gang. Cette fois, les guitares restent présentes mais le Stade des Burgondes se transforme progressivement en gigantesque dancefloor jusque dans le pit. Et la magie des grands standards apparaît immédiatement. Pas besoin d’être spécialiste. Pas besoin d’avoir tous les albums. Il suffit de quelques notes. Le public reconnaît. Le sourire arrive. Et tout le monde danse. Après quatre jours de blues, de rock alternatif, de hard rock et de solos de guitare, voir plusieurs milliers de personnes bouger ensemble sur du funk possède quelque chose de franchement réjouissant. C’est aussi ça, Guitare en Scène.

La guitare est le fil rouge. Pas la frontière.

La soirée s’achève enfin avec Robben Ford sur la scène Village. Robben Ford, c’est le genre de guitariste qui n’a pas besoin d’en faire des tonnes pour rappeler qui il est. Cinq fois nommé aux Grammy Awards, passé notamment aux côtés de Miles Davis, Joni Mitchell, George Harrison, Bob Dylan ou Bonnie Raitt, l’Américain déroule sur la scène Village un blues teinté de jazz et de fusion avec une classe folle. Tout est dans le toucher, les nuances et la respiration : pas de démonstration gratuite, juste des solos d’une maîtrise impressionnante et cette sensation d’avoir devant soi un musicien qui possède un demi-siècle de guitare dans les doigts.

Et finir une journée avec un guitariste de cette trempe ressemble presque à une petite provocation de programmateur : « Vous vouliez encore un peu de guitare ? Tenez. Prenez ça. »


SAMEDI 18 JUILLET – MICHAEL, JENNIFER… ET UNE DERNIÈRE NUIT

Normalement, après quatre jours, Guitare en Scène devait pouvoir ranger les amplis. Mais cette année, quelqu’un a eu une autre idée. Ajouter une cinquième soirée. Et pas n’importe laquelle.

Après Alenko et The Carpets, le chapiteau accueille This Is Michael accompagné de Jennifer Batten, guitariste qui fut aux côtés de Michael Jackson pendant dix ans.

Une association annoncée comme l’unique date européenne de ce featuring en 2026. Forcément, pour un festival qui s’appelle Guitare en Scène, avoir Jennifer Batten sur scène possède une saveur particulière. Parce que derrière les chansons de Michael Jackson, derrière les chorégraphies et derrière le spectacle, il y avait aussi cette guitare. Une guitariste immédiatement reconnaissable, capable de transformer quelques secondes de solo en image iconique. Cette dernière soirée prend donc une direction totalement différente des précédentes. On ne vient plus seulement assister à un concert. On replonge dans une époque. Des morceaux connus absolument partout. Des souvenirs qui reviennent. Et cette étrange capacité de la musique à faire cohabiter pendant quelques minutes plusieurs générations au même endroit. Et puis tout le monde danse, chante. Le chapiteau vibre comme un seul homme sous le rythme des hits du King of Pop. C’était beau à voir tous ces sourires à la fin du concert 😃

Franck Carducci & The Fantastic Squad, prend alors d’assault la scène Village pour cloture en toute beauté cette édition 2025. C’est un peu le rock progressif qui aurait décidé d’arrêter de se prendre au sérieux pour enfiler des paillettes, des costumes et monter un énorme spectacle. Soutenu depuis longtemps par Steve Hackett, ancien guitariste de Genesis, et déjà passé en première partie de Sting, le groupe mélange prog, glam, psychédélisme et pur rock’n’roll avec un vrai sens de la mise en scène. Pour refermer Guitare en Scène 2026 sur la scène Village, ils sortent donc l’artillerie lourde : énergie débordante, guitares, claviers psychédéliques, costumes, humour et théâtralité. Un joyeux foutoir parfaitement maîtrisé, quelque part entre Genesis, Bowie, Alice Cooper et Pink Floyd, qui transforme le dernier concert du festival en véritable cirque rock multicolore. Après cinq jours de musique, difficile d’imaginer façon plus flamboyante de tirer le rideau.

Cette fois, c’est terminé. Vraiment. Fallait pas un jour de plus ! 😅


CINQ JOURS PLUS TARD…

On pourrait évidemment résumer Guitare en Scène 2026 avec quelques noms.

Ben Harper. Pixies. Airbourne. Gregory Porter. John Butler. Kool & The Gang. Jennifer Batten.

Ce serait impressionnant. Mais ce serait passer à côté de l’essentiel. Parce qu’un festival n’est jamais uniquement l’addition des artistes écrits en gros caractères sur une affiche. Ce sont aussi les groupes découverts à 19 heures devant quelques centaines de personnes. Les discussions entre deux concerts. Les bénévoles que l’on retrouve chaque année. Les musiciens qui traversent le Village. Les gamins devant la scène avec des yeux immenses. Les copains. Les bières. Les kilomètres parcourus. Les orages qui essaient de s’inviter dans la fête sans vraiment réussir à la gâcher.

Et puis il y a ces quelques secondes très particulières lorsqu’on regarde à travers le viseur. La lumière devient bonne. Le musicien avance. Une main se lève. Un regard. Un riff. Clic. La photo est là. Et pendant une fraction de seconde, le vacarme disparaît.

C’est probablement aussi pour ça que, malgré les nuits trop courtes, la fatigue, les milliers de photos à trier et les oreilles qui demandent grâce… on revient, je reviens. Année après année, depuis 2012.

Parce que Guitare en Scène reste ce drôle de festival capable de faire jouer Gregory Porter un soir, Steel Panther deux jours plus tard et Kool & The Gang le lendemain sans jamais vraiment perdre son identité.

Un festival suffisamment grand pour inviter des légendes. Et suffisamment petit pour qu’on puisse encore les regarder dans les yeux.

Un mot aussi sur les Masterclasses, qui font partie de l’ADN de Guitare en Scène et permettent de vivre la guitare autrement qu’au pied de la scène. En 2026, les passionnés ont ainsi pu passer deux heures au plus près de Mattias IA Eklundh, Alex Hutchings, Pat O’May et Robben Ford (ultra complet comme jamais !), quatre guitaristes aux univers radicalement différents venus partager leur technique, leur approche et surtout leur expérience. Un joli privilège : apprendre l’après-midi auprès de ceux que l’on retrouve parfois quelques heures plus tard sous les projecteurs.

Mais aussi les MEET&GREET avec cette année Airbourne, Taj Farrant, Sarah Brown, Cluzo, Manu Lanvin et Fantastic Negrito qui sont venus prendre un moment pour rencontrer leurs fans grâce à un jeu concours mis en place sur les réseaux du festival.

Cinq jours. Des milliers de photos. Quelques tympans abandonnés sur place.

Et une certitude : en 2026 encore, la guitare était bien en scène !

Un énorme merci à Thierry et Géraldine sans qui on ne pourrait pas bosser dans de telles conditions. On vous aime 💘

Et bien sûr à Jacques Falda sans qui rien ne serait possible, ainsi que tout les bénévoles sans qui « pas de bénévoles, pas de festival ! »

RDV l’année prochaine pour les 20ans et une édition folle qui battra tous les records et apportera ENFIN! à GES la reconnaissance qu’il mérite !!

Photos & Live Report : Alexandre Coesnon

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